Des hommes et des femmes

21 février 2013

Château Voigny : « Nous devons désacraliser la consommation de Sauternes »

Emilie et Pierre-Antoine, deux jeunes cousins héritiers d’une lignée de viticulteurs, préparent la relève au château Voigny. Tournés vers l’avenir, ils apportent ensemble leurs regards jeunes et neufs sur un vin ancré dans la tradition du Sauternes.

Valoriser la tradition pour mieux préparer l’avenir. Voici les missions que se sont assignés Emilie Garnaud-Bon, 30 ans et Pierre-Antoine Bon, 32 ans, viticulteurs troisième génération au château Voigny, en plein Sauternais à Preignac. Les deux cousins, dont les parents ont déjà porté ensemble le domaine que leurs parents avaient transmis, prennent peu à peu la relève, jusqu’au jour où ils seront seuls aux commandes de l’exploitation. « Pour la petite histoire, le domaine avait été offert par notre arrière grand-père à notre grand-père en guise de cadeau de mariage », raconte Emilie. Comme une suite logique, Pierre-Antoine s’est lancé dans le travail de la vigne au château Voigny, en 2000, alors âgé d’à peine 20 ans, juste après ses études à l’école de viticulture et d’œnologie de La Tour Blanche à Bommes. Quant à Emilie, si elle s’est exercée au marketing du vin pendant 6 ans chez Baron Philippe de Rothschild après ses études de commerce, la reprise de l’exploitation familiale a aussi toujours été une évidence. Elle l’intègre ainsi très récemment, en septembre 2012.

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« Nous souffrons parfois de notre image prestigieuse »

Elle, pour la partie marketing, lui, à la viticulture et la vinification. Les deux jeunes vignerons apportent une nouvelle sensibilité au château Voigny, tant au niveau de l’élaboration des vins que de leur commercialisation. « Tout en conservant notre savoir-faire nous cherchons à élargir la consommation de notre Sauternes car nous souffrons d’un paradoxe : notre prestigieuse image nous dessert parfois car le Sauternes est en effet trop souvent associé à des occasions spéciales, à Noël par exemple, alors qu’il est possible de le consommer autrement, dans des situations plus simples comme à l’apéritif. Il faut désacraliser la consommation du Sauternes et le rendre plus accessible», estime Emilie Garnaud-Bon. Loin de souhaiter révolutionner château Voigny, ce qui n’est certainement pas l’objectif des deux jeunes viticulteurs ancrés dans la tradition familiale, améliorer les techniques de production et diversifier les modes de consommation de leurs liquoreux, est en revanche à leurs yeux nécessaire pour assurer l’avenir.

Consommer des liquoreux plus jeunes

Pour cela Pierre-Antoine Bon développe une viticulture raisonnée respectueuse de l’environnement et améliore les techniques de vinification. « Mon cousin a mis en place la sélection parcellaire, ce qui nous permet de vinifier chaque lot indépendamment et de disposer d’une plus large palette aromatique. Nous proposons des Sauternes plus fruités qu’autrefois tout en conservant l’intégrité et l’authenticité du style unique du Sauternes », précise Emilie. La vigneronne s’attache alors à faire entendre à sa clientèle, que les Sauternes jeunes, peuvent aussi être intéressants en bouche. « Mon cousin et moi-même ressemblons aux consommateurs que nous souhaitons cibler, les jeunes et les femmes. Nous apprécions la complexité des vins de garde et l’accessibilité des vins jeunes. Le Sauternes nous l’aimons frais, fruité, bien équilibré pour une consommation plus décomplexée, plus accessible », souligne-t-elle. Elle et son cousin, proposent ainsi des vins qui leur ressemblent. Des Sauternes jeunes aux arômes de fruits frais et vivaces. « Ils ne sont pas meilleurs que les Sauternes plus vieux, ils sont simplement différents. C’est ce qui est intéressant dans le Sauternes, la diversité des arômes possibles. Nos Sauternes nous souhaitons les faire découvrir jeunes, en pleine fraîcheur et laisser aux consommateurs, le choix de les oublier quelques années en cave, ou pas», explique Emilie Garnaud-Bon. Ainsi, les vins de 2010 sont en ce moment commercialisés. « Cela étonne une certaine catégorie de notre clientèle d’initiés, mais nous voyons dans les salons, que ces vins jeunes plaisent beaucoup. Certains initiés sont même conquis! », assure-t-elle.

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S’ouvrir au monde

Avec 50 000 bouteilles commercialisées chaque année, dont 70% vers la grande distribution et 30% directement aux particuliers lors de dégustations à la propriété ou dans la vingtaine de salons auxquels château Voigny participe dans la France entière, l’idée est aujourd’hui de s’ouvrir à l’export. Il faut donc tous les jours optimiser l’outil de travail à travers une meilleure technicité, améliorer les étiquettes pour qu’elles soient en lien avec le nouveau style des vins du château Voigny : fraiches et légères tout en restant authentiques! Mais aussi organiser l’accueil à la propriété, avec les séances de dégustation et la visite du domaine et du chai, cela grâce au bouche à oreille et aux relations avec les chambres d’hôtes, participer aux portes ouvertes de Sauternes et Barsac… Voici les importantes tâches qui incombent aux deux jeunes cousins viticulteurs. Cela dans le but d’offrir un avenir radieux aux Sauternes de château Voigny. Pas d’inquiétude, ils sont entre de bonnes mains…