Des savoir-faire

Viticulture écologique : insectes et araignées pour soigner la vigne
Viticulture écologique : insectes et araignées pour soigner la vigne

29 décembre 2012

Viticulture écologique : insectes et araignées pour soigner la vigne

Le château Guiraud en Sauternes, premier cru classé en 1855, est certifié en bio depuis 2011. Cette exploitation de 100 hectares est un bel exemple de la réussite d’une agriculture respectueuse de la santé et de l’environnement, à grande échelle.

Depuis 2011, le château Guiraud est certifié Agriculture Biologique. C’est l’aboutissement d’une longue démarche, car une partie du vignoble pratique une agriculture raisonnée depuis 1996. Pour expliquer ses motivations, Xavier Planty, gérant de la propriété de 100 hectares, met en avant la santé de ses salariés qui travaillent sur les parcelles. D’ailleurs l’agriculture biologique nécessite une importante main d’oeuvre dans les rangs. « Sur les trente-cinq employés du château, presque une trentaine travaille dans la vigne », précise Caroline Degrémont, responsable de l’accueil au château Guiraud. Car être en bio, permet de laisser pousser une partie des « mauvaises » herbes mais cela nécessite aussi de désherber à la main. « Cela implique beaucoup de travail à la pioche et puis nous effectuons quatre labours par an pour aérer le sol », assure Caroline Degrémont. L’huile de coude a remplacé la chimie.

Des hôtels à insectes

Tout le fonctionnement de l’exploitation a été repensé. Cela est passé par l’élimination des produits phytosanitaires, tels que les engrais, les désherbants, les fongicides et les insecticides. Selon le cahier des charges, seuls les engrais naturels et les traitements raisonnés à base de cuivre et de souffre sont autorisés. Mais pour totalement palier l’absence de ces produits chimiques, une complexe organisation a été mise en place. La faune et la flore, les petits animaux qui vivent dans le vignoble ainsi que les plantes qui y poussent, ont alors été mis à contribution. « Il s’agit d’insectes dont nous favorisons l’existence », explique Caroline Degrémont. Pour soutenir la biodiversité il a fallu planter des haies, depuis 2000. Pour en 2004 déjà, ne plus utiliser aucun pesticide. « Six kilomètres de haies ont été ajoutées, elles comportent une grande variété d’espèces: des lauriers-pins, des charmilles, des châtaigniers… », raconte Caroline Degrémont. L’objectif a été de créer des lieux de vie, des habitats pour que les insectes se reproduisent. Et les haies ont été fructueuses. Une biologiste s’est en effet rendue sur la propriété et y a constaté la présence de 675 espèces différentes d’insectes et d’araignées. « Ceci est l’indice de l’excellent état sanitaire de notre vignoble, car en agriculture conventionnelle, seules 300 espèces différentes sont en général recensées », souligne Caroline Degrémont.

Sur sa lancée, le château Guiraud est alors allé plus loin et a construit des hôtels à insectes. Dans des bûches, des briques, toutes sortes de cavités, des petits abris ont été créés dans le vignoble pour que les insectes se protègent et pondent leurs oeufs. « Car près du château, les insectes n’ont pas de problème pour nicher, dans les pierres par exemple, en revanche au milieu des parcelles c’est plus difficile », ajoute-t-elle. C’est ainsi que ces insectes qui sont autant de prédateurs pour les nuisibles peuvent se développer.

hotel-insecte-guiraud-sweetbordeaux

Développement durable

Par ailleurs la diversité génétique des plants est contrôlée à travers une serre de greffage. En plus d’un minutieux travail de la vigne, le château Guiraud s’impose de gérer toute son exploitation, dans un esprit tourné vers le développement durable. Pour cela les gaspillages sont bannis! De la gestion de l’eau jusqu’à la récupération du gaz carbonique, toute l’activité du château a été adaptée. Les effluents d’eau sont gérés par une station naturelle de recyclage des eaux usées. Les eaux rejetées sont alors filtrées par les plantes, les roseaux essentiellement.

Mais l’agriculture biologique n’exclue pas l’intervention de l’homme et certains ajouts au moment de la vinification au chai. Des levures autorisées en bio, sont apportées ainsi que des sulfites après la fermentation alcoolique. Pour cette deuxième année en bio certifié, Xavier Planty estime que «ça va plutôt bien, mais le mildiou a fait des ravages. La vigne a eu des comportements auxquels on ne s’attendait pas, on s’est adapté parfois avec retard. Peut-être faut-il qu’on s’améliore dans la pratique», estime t-il. L’immense domaine du château Guiraud, a été le premier des premiers crus classés à recevoir une certification en agriculture biologique, la preuve que même à grande échelle et avec une telle exigence de qualité, il est possible de franchir le pas.